Depuis sa source dans le plateau tibétain, le Mékong parcourt plus de quatre mille kilomètres à travers six pays : plus de soixante millions de personnes dépendent du fleuve pour leur culture, leurs moyens de subsistance et leur sécurité alimentaire.

Tandis que le Laos vient d’annoncer son intention de construire un second barrage hydro-électrique sur le Mékong, beaucoup s’interrogent sur le rôle de la MRC (Mekong River Commission), à peine été consultée sur ce projet, alors qu’il est pourtant d’une importance vitale pour l’équilibre écologique du fleuve.

Le Laos a notifié à la Commission du Mékong (MRC), un organe consultatif qui travaille avec les pays du bassin inférieur – (Thaïlande, Vietnam, Laos et Cambodge) – son intention de construire un deuxième barrage sur le Mékong, d’un puissance de 260 mégawatts : le Don Sahong Dam.

Les ambitions démesurées du Laos

Le Don Sahong Dam , développé par Mega First Corporation Bhd en Malaisie, est le deuxième des 11 barrages prévus par le Laos le long de son tronçon de 4900 km  du Mékong. La construction devrait débuter le mois prochain sur un site situé à seulement 2 km de la frontière cambodgienne.

Les quatre pays  de la MRC sont liés par un traité qui prévoit  de tenir des consultations inter-gouvernementales avant d’entamer la construction de barrages, mais le Laos a déjà commencé la construction du barrage géant de Xayaburi, un projet de 3,5 milliards de dollars, 1260 MW, pour lequel la Commission n’a jamais officiellement donné son accord.

Le constructeur thaïlandais Ch Karnchang PCL a commencé la construction de ce barrage avant la conclusion des négociations et des études, mais le Laos prétend qu’il s’agit seulement de travaux préparatoires.

Le Laos est un des pays les plus pauvres d’Asie, mais il a de grandes ambitions hydro electriques, et veut devenir la «Batterie de l’Asie du Sud-Est » grâce aux exportations d’électricité de ses barrages, principalement vers la Thaïlande.

Des conséquences graves sur l’environnement en aval du fleuve

Mais les changements en amont à travers la construction de barrages et l’utilisation de l’eau pourraient avoir des conséquences graves sur l’environnement en aval, en particulier le delta du Mékong au Vietnam. Considéré comme le grenier à riz du Vietnam, le delta du Mékong est déjà gravement menacé par le changement climatique et l’ élévation du niveau de la mer.

Le Mékong est la 12 ème plus long FLEUVE du monde avec 4350 km et un débit de 795,000 km3 /an.

Il prend sa source sur le plateau tibétain, en Chine, puis s’écoule au Laos, en république du Myanmar (Birmanie), en Thaïlande, au Cambodge puis se transforme en delta au Vietnam, où il se jette dans la mer de Chine méridionale.

En mai 2011 un rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement et de l’Institut asiatique de technologie (AIT) a averti que le plan de la Chine prévoyant une cascade de huit barrages sur le Mékong, (où il s’appelle Lancang), pourrait présenter «une menace considérable» pour la rivière et ses richesses naturelles.

En juin 2010, le Premier ministre thaïlandais a remis une pétition appelant à un arrêt de la construction des barrages. Elle a été signée par plus de 11.000 personnes, des agriculteurs de subsistance et de nombreux pêcheurs qui vivent le long de la rivière et ses nombreux affluents.

Lire aussi La Chine fait barrage sur le Mékong – ASEAN, environnement – thailande-fr 

Sur le plateau tibétain, l’eau des précipitations est stockée sous forme de neige. Plus bas dans le bassin du Mékong, la mousson entraîne une forte augmentation du débit entre mai et novembre, qui peut représenter 85 à 90% du débit total annuel du fleuve.

Environ 70 millions de personnes vivent dans le bassin du Mékong, appartenant à plus de 100 groupes ethniques.

85% des personnes vivant dans le bassin gagnent leur vie directement à partir des ressources naturelles du bassin du Mékong.

La pêche est très importante et le fleuve joue également un rôle très important pour le transport. Le bassin du Mékong est une des zones les plus riches en biodiversité du monde et son milieu aquatique est le deuxième écosystème le plus diversifié au monde après l’Amazonie.

Les principales tensions entre les pays ne sont pas dues à la qualité de l’eau mais à sa quantité, particulièrement au moment de la saison sèche. Les controverses et les tensions entre pays riverains sont dues à la diminution des débits grâce à un transfert inter- ou intra-bassin et aux retenues d’eau des grands barrages construits pour l’hydroélectricité ou l’irrigation.

Quel rôle pour la Mekong River Commission

La Thaïlande a une position en aval et 36% de son territoire dans le bassin du Mékong. Elle préfère un rôle faible pour la MRC, et la voit comme un moyen de faciliter les relations, plutôt que comme un organe de régulation. La Thaïlande est un important importateur d’énergie hydroélectrique.

Le Laos a lui, 97% de son territoire dans le bassin du Mékong, il a une position centrale. C’est lui qui a le plus de potentiel hydroélectrique sur le Mékong (13 000 MW).  Il semblerait que ce pays en développement préfère être libre de développer ses projets sans devoir demander l’autorisation de ces riverains.

Le Cambodge a 86% de son territoire est dans le bassin du Mékong, et c’est dans ce pays que se situe le lac du Tonle Sap.  En théorie il a un potentiel hydroélectrique de 10 000 MW mais il n’a la capacité que de 160 MW. Le Cambodge serait désireux d’un régime strict de la MRC du fait de sa position en aval.

Le Vietnam a seulement 20% de son territoire dans le bassin du Mékong, mais 17 millions de personnes vivent dans le Delta. Sa position en aval le ferait plutôt partisan d’un régime strict de la MRC. Le Vietnam est importateur d’hydroélectricité et il exploite 20% de son potentiel hydroélectrique .

La Chine a seulement 3 % de son territoire dans le bassin du Mékong. La rivière a un potentiel de 25 000 MW. Il y a déjà trois barrages fonctionnels : Manwan, Jinghong et Dachaoshan. Xiaowan est encore en construction.

La MRC n’a aucune influence sur la Chine, mais la Chine est un observateur car elle souhaite garder de bonnes relations avec ses voisins. En 2002, la Chine a partagé des informations avec la MRC. La Birmanie a 4% de son territoire concerné par le Mékong, elle ne joue qu’un petit rôle.

Photos : Camilla Davidsson

Documentation : http://www.environnement.ens.fr/IMG/Mekong.pdf

http://www.economist.com/news/asia/21585000-dam-takes-shape-fierce-opposition-continues-fish-friendly

http://www.internationalrivers.org/blogs/263/progress-on-don-sahong-dam-sets-off-a-time-bomb-for-mekong-fish-0

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