A proximité de Chau Dôc, dans le delta du Mékong, une « sainte » fait l’objet d’un culte vibrant. La légende de Dame Xu est très populaire. Reportage.

Fin d’après-midi ordinaire au pied du mont Sam, à dix minutes de Châu Dôc, bourg vietnamien qui trempe dans le Mékong sur la frontière avec le Cambodge. Un temple, le Miêu Ba Chua Xu grouille de monde. Sous des chandeliers géants accrochés au plafond, une large table accueille des plateaux qui regorgent de fruits, de cochons de lait laqués, de paniers débordant d’offrandes. Les familles se pressent, jeunes et vieux, en majorité des femmes, bâtons d’encens fumants tenus à deux mains. L’atmosphère est bon enfant, le recueillement individuel total.

Objet d’autant de courbettes intenses, le personnage dont la statue trône sur le principal autel est une femme, richement vêtue, au visage noiraud. Une « sainte », une grande dame, qui répond au nom de Xu. Une légende dit que la statue de Ba Chua Xu était installée au sommet du mont Sam (260 mètres) et que les Siamois, lors d’une invasion au début du XIX° siècle, tentèrent de la ramener chez eux. Mais, au fur et à mesure de la descente, la statue devint si lourde qu’ils furent obligés de l’abandonner en chemin. Une autre fois, des habitants partis ramasser du bois retrouvèrent la statue et décidèrent de la ramener dans leur village et de lui construire un temple. Mais elle était toujours trop lourde.

 

Apparût plus tard une jeune femme possédée par les esprits, qui dît être dame Xu, déclara aux habitants que quarante vierges se présenteraient et transporteraient la statue.
Quand les vierges atteignirent le bas de la colline, la statue redevînt trop lourde pour être soulevée et les habitants du lieu en conclurent que Dame Xu avait choisi le pied du mont Sam pour y reposer. Un abri fut aménagé dans les années 1820. L’ensemble actuel, réalisé en 1972, compte plusieurs salles. Il est doublé d’un vaste bâtiment réservé au repos des pèlerins. Les derniers jours du quatrième mois du calendrier lunaire, s’y retrouvent des dizaines de milliers pèlerins, dont une majorité de Chinois venus de divers horizons.

Le culte de dame Xu se traduit, comme beaucoup d’autres, par un mélange d’actions de grâce et de requêtes. La remercier pour avoir exaucé un vœu : le succès d’un enfant à un examen, une bonne transaction, une guérison ou, plus simplement, s’enrichir. Ou bien, lui demander son aide pour que le vœu émis se réalise. Les superstitions sont fortes au Vietnam et particulièrement répandues dans le delta du Mékong. Dame Xu est censée réaliser des miracles et l’intense atmosphère de dévotion à l’intérieur du temple contraste, comme souvent dans la région, avec la nonchalance des gens qui bavardent sur des banquettes en ciment dans la cour du temple. Une fois offrandes et prières terminées, les cochons de lait laqués sont remportés au domicile pour y être dégustés. C’est une pratique courante au Vietnam. Parfois, ils se revendent ou, même, se louent. Seul compte le symbole.

(Photos : Nicolas Cornet)

Laisser un commentaire