Les évènements intervenus récemment en Birmanie surprennent, tel un scénario illisible. Prophète, George Orwell s’était arrêté à la dictature militaire. Après ?

George Orwell n’a passé que cinq ans en Birmanie, de 1922 à 1927, dans la peau d’un flic colonial, «cinq années d’ennui, sans même le son des trompettes !». Il en a tiré le toujours célèbre portrait, bien peu flatteur mais rédigé avec «ferveur», de la colonie britannique,  Burmese Days (1934, Une histoire birmane). Une minuscule communauté de petits blancs britanniques, distante, comme portant des gants de peur de se salir (sauf en cas de nécessité biologique élémentaire). L’univers que décrit Orwell, avec son immense talent, est si loin de celui des petits blancs français, qui rêvent tant que tout devienne comme eux, sans idée de caste, la fameuse mission-prétexte civilisatrice.

Dans son introduction à Burmese Days (Penguin Classics),  Emma Larkin, journaliste américaine considérée comme l’autorité à propos de George Orwell, écrit qu’en y regardant de près, Orwell a tiré une trilogie de son séjour en Birmanie.  Les deux volets suivants sont  Animal Farm (1945, La ferme des animaux)  et 1984 (publié en 1948, soit deux ans avant sa mort de maladie à l’âge de 47 ans).

«Récit allégorique», Animal Farm rapporte une révolution qui tourne mal quand les cochons, après avoir renversé les êtres humains, conduisent la ferme à sa ruine. 1984 fait penser à ce que la Birmanie a souffert pendant des décennies d’une dictature militaire «tenace». «Une évocation glaciale», juge Emma. Elle rappelle également que les intellectuels birmans nomment Orwell «le prophète» puisque, disparu en 1950, il n’a pas connu les déboires d’une Union birmane victime d’un coup d’Etat en 1962 et, depuis, d’un demi-siècle de mal-administration en uniforme. A relire Burmese Days, Orwell ne donnait pas cher non plus des empires européens du XIXème siècle.

Ce qui ne nous dit rien du futur proche. Devenu le Myanmar officiellement en 1989, donc depuis plus de deux décennies, la Birmanie le devient également dans les faits avec son ouverture sur le reste du monde, ses «réformes» dont on ignore encore ce qu’elles sont, importantes ou illusoires.  Le talentueux prophète nous a laissé des chefs d’œuvre. Et une inconnue.

Jean-Claude Pomonti

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