Une enquête pour tuer l’ennui ou l’étrange anonymat de Thuân

L’écrivaine vietnamienne, qui a déjà publié en France Chinatown (Seuil), revient sur le thème de l’ennui dans T. a disparu. Roman sous forme d’enquête.

T. a disparu avant l’ouverture de la première page et son mari, dont on ignore jusqu’au nom,  raconte l’enquête qu’il mène, certes, pour savoir ce qui est arrivé mais aussi pour rompre son propre ennui. De T., le lecteur n’apprend rien si ce n’est qu’elle est saigonaise d’origine, mais c’est sans importance. De son époux, le lecteur n’en sait pas beaucoup plus : il est Français, va au bureau, traîne la petite fille du couple, se rend aux funérailles d’un père remarié après un veuvage, ne regarde pas le demi-frère né de cette union, lui abandonne ainsi qu’à sa belle-mère l’héritage, couche furtivement avec l’amante de son père attirée par le mimétisme.

Mais rien ne semble vraiment compter dans un univers de tristesse, de désarroi, entre rêve et réalité, évoqué avec dérision. Thuân vit depuis plusieurs années en France, après des séjours en Russie et en Europe de l’Est, mais elle écrit toujours en vietnamien et joue avec son écriture, recourant à des reprises qui ponctuent le linéaire. Elle appartient à une nouvelle génération d’écrivains du Vietnam qui succède à celle des ténors des années 90,- qui ont pour nom Nguyên Huy Thiêp, Bao Ninh, Duong Thu Huong, …-, des ténors encore marqués par la guerre, somme de sacrifices et de lendemains qui déchantent.

Publié en 2005, Chinatown est le récit de la passion d’une lycéenne vietnamienne de Hanoi pour un camarade de classe chinois en 1979, soit au pire moment du conflit avec Pékin. Une romance qui rapporte le sujet longtemps tabou de la répression des Hoa, les Chinois du Vietnam, ce qui n’a pas pourtant empêché le livre d’être officiellement primé. T. a disparu date de l’année suivante et signale une évolution supplémentaire chez l’écrivaine : un sens encore plus prononcé de l’indépendance et du détachement. La littérature vietnamienne contemporaine n’a pas fini de se renouveler.

Thuân, T. a disparu, traduit du vietnamien par Doan Cam Thi, Riveneuve, 2012.

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