Le français en Thaïlande : chaiyo !

Si l’on regarde les chiffres officiels thaïlandais, le français est en troisième position parmi les langues étrangères en Thaïlande après l’anglais et le mandarin, avec environ 500.000 locuteurs qui maîtrisent plus ou moins bien l’idiome de Montaigne.

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Carte de l'OIF (Organisation Internationale de la Francophonie), avec en vert les Etats observateurs dont la Thaïlande fait partie
Carte de l'OIF (Organisation Internationale de la Francophonie), avec en vert les Etats observateurs dont la Thaïlande fait partie

Le français sur l’offensive en Thaïlande ? Si l’on s’en tient aux accords entre Paris et Bangkok et au nombre de visites ministérielles, il semble bien que la langue de Rousseau tente de reconquérir le terrain perdu depuis quelques années dans le royaume.

Yamina Benguigui, ministère déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, a effectué du 14 au 16 octobre sa seconde visite de l’année et a signé une déclaration d’intention pour renforcer la présence du français en Thaïlande, laquelle vient s’ajouter à un premier accord signé en février dernier avec Pongthep Tepkanchana (alors ministre de l’Education).

« Il y a une très grande demande pour le français en Thaïlande. C’est une francophonie de choix, pas une francophonie héritée d’une histoire coloniale »

a déclaré la ministre lors d’une conférence de presse à l’hôtel Sofitel So de Bangkok.

Yamina Benguigui a également inauguré à cette occasion la nouvelle Alliance française de Bangkok, située sur le lieu de l’ancien marché de nuit de Lumphini, lors d’une cérémonie présidée par son Altesse royale la princesse Sirindhorn.

Si l’on regarde les chiffres officiels thaïlandais, le français est en troisième position parmi les langues étrangères en Thaïlande après l’anglais et le mandarin, avec environ 500.000 locuteurs qui maîtrisent plus ou moins bien l’idiome de Montaigne.

Mais, le français a pâti d’une réforme du système éducatif thaïlandais au cours des années 2000. Jusqu’alors, les élèves du secondaire qui voulaient apprendre une deuxième langue étrangère en sus de l’anglais devaient choisir le français. La réforme a ouvert l’éventail des choix à une gamme beaucoup plus large de langues, y compris au mandarin et au japonais.

Environ 50.000 Thaïlandais apprennent le français

Après une chute des « apprenants » de français dans le secondaire, le nombre de ceux-ci est revenu récemment au niveau d’avant la réforme, c’est-à-dire à environ 40.000. Si l’on ajoute les apprenants dans les universités et les Alliances françaises, on arrive à un total d’un peu plus de 50.000. Quant au nombre de lecteurs de français dans les universités, il se situe à au moins à une soixantaine de personnes tout type de contrats confondus.

L’accord de février 2013 a lancé un programme nommé « Enseigner le français » qui consiste à envoyer en Thaïlande des étudiants français en mastère de français langue étrangère pendant deux mois dans des écoles secondaires thaïlandaises, avec pour but d’une part de développer les compétences orales des élèves (traditionnellement un point faible de l’enseignement des langues en Thaïlande) et, d’autre part, de permettre des échanges de points de vue et d’expériences entre ces jeunes Français et les professeurs thaïlandais de français.

Le programme a commencé doucement, mais 24 de ces jeunes français devraient être en poste l’an prochain. Et les premiers stagiaires sont très positifs sur les fruits de cette initiative.

Yamina Benguigui souhaite amplifier cette politique de promotion de la francophonie, d’autant que l’intérêt économique croissant de la Thaïlande pour les pays de l’Afrique francophone fournit un contexte porteur.

[pull_quote_center]L’arrivée de la Thaïlande en Afrique francophone est une opportunité pour nous, pour la francophonie. Il y a déjà des opérations de coopération qui apparaissent. Le français est de plus en plus perçu comme une langue économique pour l’espace francophone.[/pull_quote_center]

a indiqué la ministre.

Bangkok envisage en effet d’organiser un sommet Thaïlande-Afrique probablement en 2014 et des experts en langue française assisteront le gouvernement thaïlandais dans cette tâche. C’est dans cette optique que Madame Benguigui a proposé d’utiliser certains éléments de l’ambitieux programme « 100.000 professeurs de français pour l’Afrique » pour la Thaïlande. La réflexion en est à ses débuts, mais le nouveau ministre thaïlandais de l’Education Chaturon Chaisaeng « a été emballé », selon la ministre qui a eu un entretien avec lui.

Les jeunes Thaïlandais sont plus attirés que leurs aînés par les langues asiatiques

Un nuage qui pèse toutefois sur l’avenir du français en Thaïlande est le fait que de nombreux des professeurs thaïlandais de français sont proche de la retraite. Il est estimé qu’environ 200 sur les 920 professeurs actuellement en activité quitteront l’enseignement dans les prochaines années. Or la relève n’est pas assurée, les jeunes Thaïlandais étant plus attirés que leurs aînés par les langues asiatiques, notamment le mandarin, le coréen et le japonais.

Pour aider à ce passage difficile, l’ambassade de France à Bangkok, en collaboration avec le gouvernement thaïlandais, a mis en place un programme de formation de 60 nouveaux professeurs sur les quatre prochaines années.

Un effort modeste si on le compare à l’investissement massif fait par la Chine pour le développement du mandarin en Thaïlande, l’un des pays du monde où il y a le plus d’Instituts Confucius (équivalent des Alliances françaises). Mais un effort notable qui, espérons-le, sera poursuivi sur la durée dans un pays où le français, que parlent couramment plusieurs membres de la famille royale, conserve l’image d’une langue de la civilisation, de la pensée et du droit.

Arnaud Dubus

3 COMMENTS

    • En Thaï, « Chaiyo ! » est un cri de ralliement nationaliste, que l’on lance notamment à la fin de l’hymne national. A ne pas confondre bien sûr avec
      « taiaut ! », cri lancé depuis le moyen-âge en France par les chasseurs quand ils repèrent du gros gibier (origine controversée, mais venant probablement de « taille-haut »). L’emploi de « Chaiyo » dans le titre est, comme aurait maître Capello, un « jeu de mot » sur les termes thaï et français.

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