Alors que l’actualité est dominée par le problème de l’esclavage dans le secteur de la pêche en Thaïlande, plusieurs enquêtes ont déjà démontré que l’esclavage en Asie est un problème ancien et récurrent.

Il fut un temps où l’esclavage était synonyme de chaînes, de fouets, de navires surpeuplés et de propriétaires de plantations blancs. De nos jours, le visage du travail gagé et des migrations forcées à l’échelle de la planète est bien plus disparate.

En Asie, il peut revêtir l’apparence d’une jeune mariée adolescente du Myanmar, à qui un négociateur de mariage chinois a fait passer la frontière clandestinement ; d’un Cambodgien de 29 ans dont le passeport a été confisqué et qui est contraint à travailler sur un bateau de pêche thaïlandais ; ou d’un garçon bangladais de 10 ans né dans la servitude.

Quel que soit son visage, la manifestation moderne de l’esclavage existe bien et prospère même sur chaque continent et dans presque tous les pays.

L’Organisation internationale du travail (OIT) estime à 21 millions le nombre d’hommes, de femmes et d’enfants contraints au travail forcé à travers le monde. De ces victimes, 90 pour cent sont dans l’économie privée, exploités par des particuliers ou des entreprises. La plupart (68 pour cent) sont contraints à un travail manuel dans l’industrie, la construction ou l’agriculture, ou travaillent comme domestiques. Environ 22 pour cent travaillent dans le commerce du sexe.

Selon un rapport de l’organisation Walk Free, près de 30 millions de personnes sont réduites en esclavage dans le monde. L’Asie est le continent le plus touché par l’esclavage moderne, qui sévit essentiellement en Inde, en Chine et au Pakistan.

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Problème asiatique

L’Asie est de loin le continent le plus concerné par l’esclavage. L’OIT estime à 11,7 millions – soit plus de la moitié (56 pour cent) – le nombre de travailleurs gagés ou forcés dans la région Asie-Pacifique. À titre de comparaison, la deuxième région la plus touchée est l’Afrique, avec 18 pour cent. Les chiffres sont choquants, mais ne sont pas nouveaux, notent les experts.

Ces dernières décennies, la nécessité d’agir pour éradiquer l’esclavage est rentrée dans la conscience collective, et a permis de répondre à certains objectifs de l’agenda de développement mondial. Les pays les plus largement touchés par l’esclavage ont ratifié des accords internationaux par lesquels ils se sont engagés à collaborer avec les organisations humanitaires et les militants pour s’attaquer au problème.

Les réseaux criminels internationaux responsables de la traite d’êtres humains sont mieux surveillés et davantage interceptés que par le passé, et les entreprises et les consommateurs ont davantage conscience de l’impact que peut avoir le fait d’encourager le travail forcé à bas prix, notamment grâce à certaines enquêtes largement relayées par les médias internationaux.

Pour de nombreuses agences gouvernementales et observatoires du crime œuvrant à éradiquer l’esclavage, il existe de bonnes raisons de se montrer optimiste. Et pourtant, le sentiment qu’il pourrait être fait plus prévaut chez les militants et les personnes sur le terrain directement confrontées aux traumatismes et aux abus qu’endurent chaque jour les victimes de trafic et d’esclavage.

Idée dangereuse

« Il existe dans la communauté de l’aide au développement l’idée dangereuse selon laquelle s’attaquer aux problèmes courants [comme la pauvreté] mettra automatiquement fin à l’esclavage », a dit à IRIN Adrian McQuade, le directeur de l’organisation Anti-Slavery International dont le siège est à Londres.

Pendant longtemps, l’organisation a fait du lobbying auprès des gouvernements et fait pression sur les institutions internationales et les entreprises pour mettre fin à l’esclavage, mais M. McQuade a dit que leurs efforts se sont de plus en plus tournés vers la communauté internationale de l’aide au développement. Selon lui, non seulement cette dernière n’en fait pas assez pour venir à bout de l’esclavage moderne, mais elle aurait même tendance à aggraver le problème.

« À moins de s’attaquer systématiquement au problème des groupes exclus, pas uniquement pour des questions de genre, mais aussi les groupes ethniques ou religieux, il existe un risque tout à fait réel qu’une intervention conduite par une agence d’aide au développement aggrave la position du groupe exclu, et le rende encore plus vulnérable à l’exploitation et à l’esclavage »,

a-t-il dit.

Toutes les études ont prouvé que les personnes les plus susceptibles d’être victimes de trafic ou de travail forcé sous la menace de répressions sont presque toujours issues de communautés marginales, qui sont souvent laissées en marge des programmes de développement ou sont les dernières à en bénéficier, a dit M. McQuade.

Tandis que la discrimination sexuelle figure au nombre des priorités de la communauté humanitaire depuis longtemps, d’autres discriminations envers certaines minorités ethniques ou religieuses sont abordées avec moins d’efficacité.

Dans de nombreux cas, il est plus facile pour les agences d’aide au développement de concentrer leur travail et la distribution de l’aide sur les communautés majoritaires ou les groupes familiaux dominants, qui utilisent leur position d’influence pour exclure les autres politiquement et culturellement.

« Si chaque projet de développement était contraint d’évaluer l’impact [de cette situation] sur l’esclavage, nous commencerions à aborder le problème de façon plus globale »,

a dit M. McQuade.

En Asie, le problème est souvent particulièrement prononcé dans les zones frontalières ou le long des couloirs migratoires où diverses communautés rivalisent pour les ressources et pour capter l’attention des agences d’aide au développement.

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