East Asia Forum

COVID-19 est un ennemi commun de l’humanité, mais les États n’ont toujours pas réussi à travailler ensemble pour freiner propagation rampante du virus.

Les périls de l’anarchie, l’échec de la gouvernance mondiale et la tragédie des rivalités entre grandes puissances expliquent pourquoi le monde est impuissant face à la pandémie.

Il est temps que les États-Unis et la Chine réfléchissent à la manière de coopérer et de mener la guerre contre COVID-19.

L’anarchie est une caractéristique distincte des relations internationales. L’absence d’une autorité globale au-dessus des États conduit à l’intérêt personnel comme comportement rationnel pour tous les États. COVID-19 est l’apothéose de l’anarchie.

Après l’éclosion du virus à Wuhan, la réaction prédominante du monde a été de se distancier de la Chine en imposant restrictions de voyage et la fermeture des frontières avec la Chine. Les États ont pris des mesures égoïstes pour se protéger du virus, mais cela n’a pas empêché le déclenchement éventuel d’une pandémie.

La méfiance entrave une coopération efficace entre les États dans la lutte contre la pandémie

La Chine a commencé à blâmer les pays qui limitaient les voyages avec le pays, tandis que les États-Unis ont vu une occasion d’exhorter les industries manufacturières et les entreprises connexes à se retirer de Chine et à rentrer chez elles. Cette mentalité à somme nulle et ce comportement axé sur l’intérêt personnel sapent la coopération mondiale, même face à un virus courantennemi contre l’humanité».

Jusqu’à présent, les organisations internationales n’ont pas su saisir l’occasion de lutter contre la pandémie. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fonctionné comme un «centre d’échange» pour offrir les informations les plus fiables mais n’a pas le pouvoir d’extraire des informations ni d’appliquer des réglementations dans aucun pays.

Ce qu’elle peut faire, c’est d’émettre des conseils de santé au monde sur la base des informations fournies volontairement par les États membres. La nature anarchique de la politique internationale encourage un comportement intéressé qui conduit les avertissements et conseils de l’OMS à être largement ignoré par de nombreux pays.

Une institution qui pourrait avoir un pouvoir collectif sur les États est le Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU), mais il est resté silencieux sur la guerre contre COVID-19. Une des raisons possibles est que la pandémie n’est pas une menace de sécurité traditionnelle à laquelle le CSNU est habitué à faire face. Mais le silence radio du CSNU pourrait aussi refléter la fossé profond à l’intérieur de l’institution elle-même.

Le G20 semble porter plus d’espoir que les Nations Unies pour faire face à COVID-19, mais sa déclaration n’apparaît que de nature déclaratoire. Aucun pays n’intervient pour exercer un leadership indispensable au sein du G20. Pour aggraver les choses, l’intensification de la rivalité entre les États-Unis et la Chine a freiné les efforts concertés de gouvernance mondiale pour lutter contre COVID-19.

Les savants et les experts ont depuis longtemps averti que les États-Unis et la Chine pourraient tomber dans le «piège de Thucydide», où un conflit inévitable pourrait survenir entre un pouvoir au pouvoir et une puissance montante. Il semble que COVID-19 risque de pousser les deux pays plus loin vers ce bord de falaise.

Au début de l’épidémie en janvier et février, le président américain Donald Trump a salué publiquement les actions de la Chine et la réponse de l’OMS. Mais après que COVID-19 a frappé durement les États-Unis en mars, le récit de Trump a changé en blâmant la Chine d’avoir couvert l’épidémie de Wuhan dans les premiers stades, affectant considérablement les réponses d’autres pays.

La Chine a exercé des représailles et accusé l’Occident, en particulier les États-Unis, de gaspiller le temps précieux que la Chine a acheté pour le reste du monde en verrouillant Wuhan. L’escalade de la guerre des mots échangés entre les États-Unis et la Chine sur les origines du virus n’a fait qu’accentuer la méfiance.

La gouvernance mondiale ne peut être renforcée qu’avec les efforts conjoints de toutes les nations du monde. Les États-Unis et la Chine doivent arrêter le puéril «Jeu de blâme». L’intensification de la rivalité entre les États-Unis et la Chine freine les efforts mondiaux de lutte contre le COVID-19 en créant des divisions inutiles entre les nations à un moment où une action concertée s’impose d’urgence. Les États-Unis et la Chine devraient plutôt travailler ensemble pour former une alliance mondiale efficace en matière de santé.

Le CSNU est une avenue possible pour établir une alliance mondiale de la santé. Le CSNU devrait sortir des sentiers battus car personne ne peut nier que le COVID-19 est en effet une menace pour la sécurité mondiale, mais pas une menace traditionnelle. Les cinq membres permanents du CSNU (Chine, France, Russie, Royaume-Uni et États-Unis) doivent prendre la tête de la guerre mondiale contre COVID-19. Il est temps que les États-Unis et la Chine partagent le leadership mondial dans le cadre du CSNU dans la lutte contre cette guerre sans précédent.

La mise en commun des ressources mondiales pour sauver des vies, mettre au point des médicaments et des vaccins et relancer l’économie mondiale gelée devrait être les principales priorités de cette nouvelle alliance mondiale de la santé.

Aucun pays n’est à l’abri de COVID-19. Le multilatéralisme est le seul remède à cette pandémie mondiale. En tant que président français Emmanuel Macron souligne à juste titre que le multilatéralisme ne doit pas être affaibli par la pandémie.

Au lieu de cela, le CSNU, le G20 et l’OMS devraient travailler ensemble contre l’ennemi commun. Cesser de financer l’OMS pendant une telle pandémie n’est rien d’autre qu’une action autodestructrice.

Il est temps que les dirigeants mondiaux, en particulier le président Donald Trump et le président Xi Jinping, fassent preuve de vision, de sagesse et de responsabilité pour leurs propres pays ainsi que pour le monde entier. Si les États-Unis et la Chine peuvent trouver un moyen de travailler ensemble pour renforcer la gouvernance mondiale de la santé et relancer le multilatéralisme, le monde post-COVID-19 sera plus pacifique, stable et prospère.

Auteur: Kai He, Griffith University

Kai He est professeur de relations internationales au Griffith Asia Institute et au Center for Governance and Public Policy, Griffith University.

Source : East Asia Forum

1 COMMENT

  1. Le terme d’anarchie ne convient aucunement. Il est temps de ne plus confondre Anarchie et Chaos.

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