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Le pivot stratégique du Bangladesh vers l’Indo-Pacifique

Auteur : Rubiat Saimum, BSMR Maritime University

En avril 2023, le ministère des Affaires étrangères du Bangladesh a publié son premier document officiel sur l’Indo-Pacifique, détaillant les principes directeurs et les objectifs pour former le fondement de la politique régionale de Dhaka. La publication représente un pas en avant significatif dans les efforts de Dhaka pour articuler sa vision de l’Indo-Pacifique et indique sa volonté de s’engager avec les grandes puissances de la région.

Le Premier ministre bangladais Sheikh Hasina et le Premier ministre indien Narendra Modi se rencontrent à Hyderabad House à New Delhi, Inde, le 6 septembre 2022 (Photo : Reuters/Adnan Abidi).

Bien que le contenu du document soit relativement générique, il donne un aperçu du dilemme du Bangladesh de choisir son camp dans un contexte de concurrence croissante entre les États-Unis et la Chine dans l’Indo-Pacifique.

Les perspectives offrent peu de clarté sur la manière dont le Bangladesh envisage de naviguer dans la dynamique géopolitique complexe et évolutive de l’Indo-Pacifique. Au contraire, les principes ressemblent étroitement à l’article 25 de la constitution du Bangladesh qui stipule que sa politique étrangère doit être guidée par les principes de non-ingérence, de coexistence pacifique, de respect du droit et des normes internationales et de coopération. Le document réaffirme l’engagement constitutionnel du Bangladesh à défendre un système international pacifique fondé sur la Charte des Nations Unies.

Le document ne fait aucune référence à une collaboration en matière de défense ou à une coopération militaire avec un bloc en particulier. Au lieu de cela, il encourage les processus diplomatiques de voie 2 pour régler les différends existants en renforçant « la confiance et le respect mutuels, [forging] partenariats et coopération, et [promoting] le dialogue et la compréhension dans le but d’assurer la paix, la prospérité, la sécurité et la stabilité pour tous dans l’Indo-Pacifique ». Le document met l’accent sur la notion de « culture de la paix », une déclaration des Nations Unies que le Bangladesh a joué un rôle clé dans la rédaction en 1997.

Alors que les principaux problèmes stratégiques et de sécurité auxquels la région est confrontée n’ont pas été abordés, les perspectives appellent à la mise en place de « systèmes multilatéraux fondés sur des règles » pour promouvoir un « développement équitable et durable ». Le document s’abstient d’utiliser la terminologie préférée du Quad d’un « ordre fondé sur des règles ». Ce choix délibéré de formulation reflète la volonté du Bangladesh d’adopter une posture neutre dans le paysage géopolitique. Le Bangladesh indique sa préférence pour une architecture de sécurité plus inclusive et ouverte dans la région qui tient compte d’intérêts et de perspectives divers.

Les perspectives abordent les problèmes de sécurité non traditionnels. La sécurité maritime est prioritaire. Le document met l’accent sur le renforcement des « mécanismes existants sur la sûreté et la sécurité maritimes dans l’Indo-Pacifique ». Il fait également référence aux implications sécuritaires du changement climatique et des catastrophes naturelles.

Les perspectives ont pris une position sans ambiguïté concernant les lois et les normes internationales. Dhaka a rendu son engagement inébranlable à « maintenir l’exercice de la liberté de navigation et de survol, conformément au droit et aux conventions internationales ». L’affirmation par le Bangladesh de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS) doit être comprise dans son contexte national.

La dépendance du Bangladesh à l’égard des voies de communication maritimes rend l’accès illimité à la mer et le respect des normes de l’UNCLOS cruciaux pour la sauvegarde de ses intérêts économiques. La résolution réussie par le Bangladesh des différends maritimes avec l’Inde et le Myanmar sur la base de l’UNCLOS illustre également l’utilité du droit international pour un petit État. L’accent mis par le Bangladesh sur les lois et normes internationales existantes ne signifie pas une réprimande de la Chine. Elle reflète plutôt la conscience qu’a le pays de sa place dans la communauté internationale et des limites de son pouvoir.

Bien que le document semble avoir été principalement créé pour un public étranger, il comprend également des sections qui ciblent les électeurs nationaux. Un exemple est la référence à « Smart Bangladesh », qui met en évidence le programme ambitieux de Dhaka pour promouvoir ses initiatives locales sur la scène mondiale.

La publication des perspectives coïncide avec un moment crucial de la politique étrangère du Bangladesh, alors que les visites du Premier ministre Sheikh Hasina au Japon et aux États-Unis en avril 2023 ont propulsé le pays sous les projecteurs mondiaux. Au cours de son voyage au Japon, Hasina a signé une déclaration conjointe avec le Premier ministre japonais Fumio Kishida, réaffirmant leur engagement commun pour « un Indo-Pacifique libre, ouvert et inclusif ».

Ce partenariat stratégique est important, non seulement parce que Tokyo a toujours été la plus grande source d’aide au développement du Bangladesh, mais aussi parce que le Japon développe un nouveau corridor industriel qui vise à relier le Bangladesh et le nord-est de l’Inde à l’Asie du Sud-Est. Le partenariat stratégique est principalement motivé par des motifs économiques, la géopolitique jouant un rôle crucial dans sa formulation.

Les relations entre les États-Unis et le Bangladesh ont rencontré plusieurs difficultés, avec des désaccords bilatéraux sur de multiples questions allant des droits de l’homme aux processus démocratiques. Le Bangladesh est proche…

Source : East Asia Forum


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