Catégories
Asie Expatriés Indonésie Thaïlande Viêtnam

Singapour, Jakarta, Bangkok, les plus chères pour les expats

Surprise : si Singapour est toujours en tête, Hochiminh-Ville et Hanoi se retrouvent en queue parmi les dix villes de la région les plus chères pour les expats.

En 2012, en Asie du sud-est, après Singapour, la ville la plus chère pour les expatriés est Jakarta, en dépit de la baisse récente de la roupiah indonésienne. Puis, dans l’ordre de cherté, viennent : Bangkok, Kuala Lumpur, Surabaya (le grand port de Java-est, Indonésie), Manille, Chiang Mai (nord de la Thaïlande), Johor Bahru (Malaisie), Hanoï. La ville la moins chère des dix est encore Hochiminh-Ville (ex-Saigon, Vietnam).

Tous les ans, se fondant sur les statistiques de septembre, ECA International, société de consultants, établit un index du coût de la vie pour les expatriés. Cette année, rapporté par le Jakarta Globe, cet index porte sur 425 villes situées dans 193 pays. Sur le plan mondial, Singapour demeure à la 31ème place des villes les plus chères (elle est, en 2012, dépassée pour la première fois par Pékin, 22ème, et par Shanghai, 26ème). Pour donner un élément de comparaison, Paris est classée 42ème et Rio de Janeiro 64ème.

Toujours sur le plan mondial, Jakarta (123ème) se situe donc loin derrière Singapour et les autres villes du Sud-Est asiatique occupent les rangs suivants : Bangkok (162ème), Kuala Lumpur (179ème), Surabaya (182ème), Manille (187ème), Chiang Mai (189ème), Johor Bahru (195ème), Hanoï (204ème) et Hochiminh-Ville (217ème). Seul l’ancien Saigon se situe donc dans la deuxième moitié du tableau. Tokyo demeure la ville la plus chère au monde.

Le classement de 2012 fait ressortir que les sept villes australiennes mentionnées figurent parmi les trente villes les plus chères de la planète : Sydney (16ème), Canberra (18ème), Adelaïde (21ème), Melbourne (24ème), Perth (25ème), Darwin (27ème) et Brisbane (28ème). Le coût de la vie pour les expatriés y est donc plus élevé qu’à Singapour.

Catégories
Asie Cambodge Culture Expatriés Société Thaïlande Viêtnam

Vietnam : la librairie française Nam Phong, dix ans déjà

Les communautés francophones gonflent en Asie du sud-est. Des points d’attache se créent et se développent, dont des librairies. Celle de Saigon fête ses dix ans.

Les librairies françaises sont peut-être rares dans la région, mais très attachantes. Il y a d’abord les deux Carnets d’Asie, l’une à l’Alliance française de Bangkok en Thaïlande, l’autre à l’Institut français de Phnom-Penh au Cambodge. Elles tournent autour d’Olivier Jeandel, homme de goût et de plume, plein de nuances, qui comprend fort bien l’environnement dans lequel il baigne. Il y a également la bibliothèque riche en livres sur l’Indochine française, y compris des anciens, où l’on prend son temps pour fouiner en compagnie d’un connaisseur, François Doré : elle est située à Bangkok et s’intitule la Librairie du Siam et des Colonies.

Au Vietnam, le lieu de rendez-vous se trouve chez Colette et Khanh, au pied du gratte-ciel de Bitexco, le plus élevé de Hochiminh-Ville, non loin du Vieux marché, à dix mètres d’un nouveau café franco-vietnamien et près du restaurant La Niçoise. Le 30 novembre, la librairie Nam Phong célèbre son dixième anniversaire. Nguyên Quôc Khanh est le fils aîné de l’écrivain Nguyên Tiên Lang, mandarin nationaliste et francophile de la Cour de Hué, qui maniait dans l’entre-deux-guerres la langue française dans un style qu’on dirait aujourd’hui désuet mais d’une délicatesse toujours aussi touchante.

Auteurs, photographes, artistes francophones de la région ont tous été accueillis dans les murs de Nam Phong. Deux d’entre eux, la photographe Martine Aepli et le céramiste François Jarlov, y sont présents le 30 novembre. On y a même retrouvé, voilà un an, lors d’une soirée à l’affluence record, Francis Renaud y dédicaçant l’émouvante biographie qu’il a faite de son père, le juge Renaud. Le Vietnam est le pays d’adoption du fils Renaud, qui a même été un moment grand spécialiste du café.

Ces librairies apportent leur petit écot à l’entretien et au renouvellement du fonds de francophonie de l’ancienne péninsule indochinoise. Leur présence rassure, à l’image de leurs rayons où s’affichent également les ouvrages les plus récents. A Nam Phong, on rêve désormais d’accueillir Patrick Deville, dernier prix Femina pour sa biographie d’Alexandre Yersin, aujourd’hui génie tutélaire dans une pagode proche de Nhatrang. Les liens subsistent, la langue et l’écriture aussi.

Catégories
Analyse Expatriés Société Thaïlande

Chronique de Thaïlande : le confort de la distance

L’existence d’une certaine insularité de l’univers thaïlandais déroute les étrangers et parfois les Thaïlandais eux-mêmes.

Evoquer la teneur des relations entre Thaïlandais et étrangers est toujours délicat car, outre le danger d’une généralisation outrancière, l’observateur occidental ne peut qu’écrire selon la position d’où il observe ; son analyse est forcément teintée. Cette observation ne vaut donc que pour ce qu’elle est : une perception parmi de nombreuses autres possibles. Nombre d’Occidentaux résidant depuis des années en Thaïlande diront qu’ils ont peu ou pas d’amis thaïlandais véritables, qu’il est très difficile d’aller au-delà de rapports courtois mais sans profondeur. L’image évoquée est celle d’un demi-globe de verre à l’intérieur duquel s’agite le monde thaï. Au prix de certains efforts, on peut s’en approcher jusqu’à se coller le nez contre la paroi translucide et scruter l’intérieur. Mais on ne peut jamais le pénétrer. Rien n’est plus risible qu’un Occidental qui pense y «être parvenu», «être devenu comme eux». Après un certain temps d’illusion, des Thaïlandais le lui feront gentiment sentir.

J’ai souvent entendu les farang évoquer ce sujet, mais jamais les Thaïlandais en parler d’eux-mêmes ou même rebondir une fois lancé sur le thème. Le jeu de relations se déroulant à l’intérieur est harmonieux, cohérent avec ses propres règles. Rares sont ceux qui les remettent en cause. L’importance des figures paternelles ou paternalistes y est grande, d’où le sentiment qu’il pourrait y avoir une stratégie d’infantilisation venue d’en haut pour un meilleur contrôle politique et social. Toutefois, déplacé dans un contexte non thaïlandais, mis en perspective dans le cadre d’une comparaison avec le monde extérieur, ce jeu inter-relationnel révèle soudainement son décalage avec le « monde réel » et peut même alors paraître absurde.

Il semble y avoir une conscience parmi les Thaïlandais de ce phénomène et donc la mise en place de stratégies pour y remédier préventivement. En Thaïlande, de nombreux Thaïlandais, une fois dépassées les premières civilités, placeront une distance entre eux et leurs hôtes – une distance qui est un mécanisme de protection. Quand on croise des groupes de Thaïlandais voyageant à l’étranger, il est parfois frappant de constater leur désintérêt pour établir des contacts avec les autochtones, ou même avec les autres groupes d’Asiatiques qu’ils pourraient croiser : cette attitude est très différente de celle des Philippins, toujours conviviaux et enclins à converser, ou des Indonésiens. Beaucoup de Thaïlandais semblent transporter autour d’eux leur «bulle de protection».

Inversement, il est réconfortant de voir que de nombreux Thaïlandais qui ont fait le choix de s’établir à l’étranger ou d’y résider un certain temps pour raison d’études, de mariage ou professionnelle, brisent souvent ce cocon d’insularité, s’ouvrent et révèlent un éclectisme, une curiosité vis-à-vis du monde extérieur rafraîchissante. Parfois même, ces Thaïlandais réinterpréteront leur milieu d’origine et lâcheront : «En Thaïlande, les gens se toisent, manquent de simplicité». L’importance de la pose, de la distance sociale et du jeu des apparences sont autant de facteurs qui contribuent à façonner l’univers thaïlandais avec ses particularités. Et, il ne se passera pas beaucoup de temps pour que ces Thaïlandais un peu transformés par leur expérience à l’étranger se verront reprocher leur relations de tam khon farang, c’est-à-dire leur «imitation des étrangers».

Catégories
Expatriés Société Thaïlande Tourisme

Thaïlande : les taxis ne pourront plus refuser le client

Les taxis de Bangkok, jusqu’alors relativement libres sur le choix de leurs clients, sont, depuis le 1er septembre, passibles d’une amende s’ils disent non à une course.

Celui qui ne s’est jamais retrouvé coincé à Bangkok, aux heures de pointe, sous une pluie battante, attendant désespérément qu’un taxi daigne accepter de le conduire à un important rendez-vous, ne peut pas comprendre le sens de la nouvelle amende adoptée par la police de la capitale thaïlandaise. Jusqu’ici, les chauffeurs de taxis avaient l’art et la manière d’embarquer ou non le client lorsqu’ils se sentaient en position de force (pluie, heure tardive, destination isolée, état du trafic, voire réputation sur l’état du trafic de la destination).

Selon le Bangkok Post, depuis le 1er septembre, les mauvaises habitudes des taxis doivent changer avec l’instauration d’une pénalité pour les chauffeurs qui refuseront de prendre un passager. Les usagers mécontents n’auront plus à écrire pour se plaindre auprès du département des transports de la ville mais pourront se rendre directement au commissariat le plus proche, s’adresser à un policier sur place ou téléphoner au 1197 en indiquant le numéro d’immatriculation du véhicule ainsi que l’heure et l’endroit du litige. Si l’infraction est avérée, le taxi en question sera arrêté et soumis à une amende de 1000 bahts (25 euros) sur-le-champ.

Les taxis ne voient pas, on pouvait s’y attendre, cette mesure d’un bon œil. Président d’une association professionnelle, Udon Khanti, interrogé par le Nation, considère que l’amende est trop élevée et que les taxis devraient avoir le droit de refuser un passager, notamment si le chauffeur se sent menacé ou en possible danger. L’un de ses collègues, Weerapong Butkaew, explique quant à lui que lorsque le moment de ramener la voiture au garage approche, il ne peut accepter que des petites courses, afin d’éviter de payer une pénalité à la centrale des taxis.

Catégories
Asie Expatriés Indonésie Politique Thaïlande

Bangkok et Jakarta privés d’ambassadeurs français

Le Conseil d’Etat a annulé la nomination, sous Sarkozy, de deux ambassadeurs, Damien Loras à Bangkok et Bertrand Lortholary à Jakarta. Ils devront être remplacés.

Les deux diplomates appartenaient à la cellule diplomatique de l’Elysée dirigée, sous Nicolas Sarkozy, par Jean-David Levitte. Lortholary avait été nommé en Indonésie en février et Damien Loras l’avait été en Thaïlande début mai, entre les deux tours de l’élection présidentielle. La section CFDT du Quai d’Orsay avait contesté ces deux nominations au nom d’une réforme introduite en 2009 et qui prévoit que les conseillers des affaires étrangères ont vocation aux fonctions d’ambassadeur «s’ils ont démontré, notamment par l’exercice de fonctions d’encadrement, leur aptitude à occuper ces emplois.»

Le Conseil d’Etat a, le 23 juillet, donné raison au syndicat en précisant que les intéressés n’avaient, au Quai d’Orsay ou à l’Elysée, exercé «aucune fonction leur conférant une autorité hiérarchique sur un service ou une partie de ces services». Auparavant, le syndicat avait obtenu l’annulation  de la nomination d’Yves Marek, conseiller au Sénat, à l’ambassade de Monaco. Thierry Dubos, secrétaire de la CFDT, a précisé : «Nous n’en voulons à personne. Nous savons que Damien Loras est quelqu’un de brillant, le problème n’est pas non plus du fait qu’il vienne de l’Élysée. C’est une question de principe. S’il avait été nommé consul général, comme David Martinon, ou directeur d’administration centrale, cela n’aurait pas été illégal.»

Bertrand Lortholary avait rejoint son poste à Jakarta et il avait même participé, à la mi-mars, à la conférence des ambassadeurs français en Asie qui s’est réunie, en 2012 à Bangkok, en la présence de Paul Jean-Ortiz, alors directeur d’Asie au ministère des affaires étrangères et sherpa à l’Elysée depuis la prise de fonctions de François Hollande.

La tradition veut qu’un président sortant recase un certain nombre de collaborateurs ou de membres de son entourage. Selon le site d’information Owni, il y aurait eu au moins 115 de ces nominations au cours des derniers mois de la présidence de Sarkozy. Dans le cas des diplomates, l’ironie veut que la réforme de 2009 a été adoptée alors que Bernard Kouchner était encore ministre des affaires étrangères.

 

Catégories
Asie Expatriés Politique

Paul Jean-Ortiz, un Asiate nommé sherpa à l’Elysée

François Hollande a nommé son conseiller diplomatique : Paul Jean-Ortiz, qui a effectué une partie de sa carrière en Asie. Il a également été en poste à Madrid.

Le successeur de Jean-David Levitte aux fonctions de sherpa à l’Elysée est une figure familière en Asie de l’Est. Début mars, en tant que directeur d’Asie et d’Océanie (2009-2012) au Quai d’Orsay, il s’était encore rendu à Bangkok pour y présider une réunion des ambassadeurs français en Asie de l’Est. Paul Jean-Ortiz a été également premier conseiller à Hanoi (1995-1997). En outre, licencié ès lettres en chinois et sinologue distingué, il a été à trois reprises en poste en Chine : troisième secrétaire à Pékin (1987-1988), consul général à Canton (1993-1995), ministre-conseiller à Pékin (2000-2005).

Mais il est également un bon connaisseur des affaires européennes. Il a été ministre-conseiller à Madrid (2005-2009) et membre de deux cabinets ministériels, ceux d’Edwige Avice (coopération, 1991-1992) et d’Hubert Védrine (affaires étrangères, 1997-2000). Il est revenu aux affaires asiatiques en 2009, en occupant la direction d’Asie et d’Océanie au Quai d’Orsay.

Le sherpa, qui dirige la cellule diplomatique de l’Elysée, est traditionnellement un diplomate chargé de conseiller le chef de l’Etat dans le domaine réservé de la politique étrangère. Paul Jean-Ortiz est âgé de 55 ans et, pour le moment, il a pour mission d’assurer la transition jusqu’à la venue du gouvernement qui sera formé après les élections législatives.

Catégories
Asie Expatriés Viêtnam

Yamina Benguigui, la ministre des Français de l’étranger

Réalisatrice connue, Yamina Benguigui confirme son engagement dans la politique. Elle est ministre déléguée aux Français de l’étranger et à la francophonie.

Yamina avait déjà pris un virage décisif en mars 2008, avec son élection comme conseillère du XXème arrondissement de Paris, ce qui lui avait valu de devenir l’adjointe de Bertrand Delanoë, chargée des droits de l’homme et de la lutte contre les discriminations. Pendant la campagne présidentielle, rappelle Le Monde, elle avait cosigné un manifeste – en compagnie d’Isabelle Adjani, de Rachida Brakni ou d’Elsa Zylberstein – en faveur des «pionnières de l’immigration», «oubliées de l’histoire» dont elles se déclarent les «héritières».

Algérienne née en France en 1957, Yamina Benguigui est considérée comme une cinéaste engagée dont l’œuvre est consacrée, en grande partie, aux questions de l’immigration, des inégalités et de la violence contre les femmes. Elle a débuté en 1990 en tant qu’assistance de Rachid Bouchareb (Indigènes, Hors-la-loi) et a reçu, depuis, plusieurs prix qui ont couronné ses documentaires, notamment le Sept d’or en 1997 (Mémoires d’immigrés, l’héritage maghrébin) et le Globe de cristal en 2009 (9-3 : mémoire d’un territoire). Elle est, en outre, l’auteur de la très populaire fiction Aïcha (France 2).

Ministre déléguée auprès de Laurent Fabius, elle aura donc la responsabilité, en Asie, de communautés françaises en expansion, notamment en Thaïlande, à Singapour et au Vietnam, ainsi que de la relance espérée d’une francophonie en mal de crédits.

Catégories
Analyse Expatriés

Nouvelle présidence, des attentes, de minces espoirs

Elu avec un peu plus de 51% des suffrages, François Hollande pourra-t-il – et voudra-t-il – prendre davantage en considération l’Asie du sud-est ? Ce n’est qu’une question…

L’Asie du sud-est est une région à la croissance robuste. L’Indonésie, sa plus importante économie, siège au G20 et ambitionne de rejoindre le Bric (Brésil/Russie/Inde/Chine) pour en faire un Briic. Même les Philippines et la Birmanie (Myanmar) se mêlent aujourd’hui de la partie. Abritant près de six cent millions d’habitants, cette région-lien entre l’Inde et la Chine attire plus que jamais. Une preuve : les communautés françaises s’élargissent à grande vitesse, notamment à Singapour, en Thaïlande, en Indonésie, au Vietnam. Une dynamique à ne pas négliger.

Certes, dans le domaine de la diplomatie, François Hollande est confronté à d’autres priorités. La première : l’Europe, où un changement de rythme s’amorce avec son élection (et avec la déconfiture électorale des deux grandes formations grecques). Le nouveau président aura également à concilier une politique fiscale et monétaire plus souple avec des réformes structurelles. Le véritable «changement», pour reprendre son slogan électoral, serait aussi de rendre l’industrie française à nouveau concurrentielle.

Mais rien n’empêche d’envisager déjà l’avenir. Tout en manœuvrant pour mettre fin au conflit algérien, de Gaulle songeait déjà à la diplomatie qu’il pourrait développer, notamment en direction de l’Asie, une fois débarrassé de ce boulet. Depuis lors, l’Asie s’est considérablement renforcée et son poids ne se limite pas à la conjugaison entre la Chine et l’Inde.

Il ne s’agit pas de relancer le débat sur «la place de la France» dans le monde, entre un festin et ses miettes, mais d’offrir, comme début, un peu d’élan et de cohésion à sa présence. Le défaitisme ambiant est stupide. Par exemple, quand il s’agit de dépenses minimes, à quoi servirait-il de continuer de rogner sur les crédits de la présence culturelle à l’étranger ? Pourquoi ne pas intégrer, là où il est important (et c’est le cas en Asie du sud-est), le facteur de l’expansion des communautés françaises ? Plutôt que de donner raison à ceux, nombreux, qui n’attendent rien, proposer, pour commencer, un changement d’approche, de mentalité.

Jean-Claude Pomonti